DECLARATION POLITIQUE DU 14 OCTOBRE 2008
Mes chers compatriotes de la Guadeloupe
Vous avez constaté brutalement qu'un des secteurs les plus importants de l'économie occidentale à laquelle malheureusement nous appartenons, la finance , est gravement malade, maladie provoquée par une logique de fonctionnement fondée sur la recherche rapide du profit, l'exploitation par les plus fortunés des plus faibles et la spéculation permanente. De nombreuses entreprises de ce secteur sont en difficulté : leurs bénéfices, leur rentabilité et leurs fonds propres ont littérallement fondu. Ces difficultés s'accompagnent de faillites, de fusions et de licenciements qui perturbent les salariés. La maladie de ce secteur n'a pas été engendrée comme les défenseurs de ce système inhumain le disent par les excès de certains spéculateurs ou des fonds de pension. Elle est la conséquence de la logique naturelle de ce système capitaliste et libéral.
La Guadeloupe ne sera pas à l'abri de ces soubresauts. Les difficultés de la finance auront un impact sur son économie réelle .Les prêts bancaires seront moins nombreux et coûteront plus cher en raison de la hausse des taux d'intérêt. La consommation des ménages et des administrations va diminuer du fait de la baisse des revenus et de l'augmentation des dépenses de remboursement des emprunts de l'état pour financer le déficit des budgets .Les investissements des entreprises suivront la même pente .Les touristes enfin, notre seule exportation, seront moins nombreux. Notre taux de croissance qui est déjà modeste compte tenu de notre retard de développement va diminuer ainsi que notre PIB d'où une rapide augmentation du chômage déjà élevé et donc de la précarité et de la pauvreté. Notre pays va s'installer pour quelque temps dans la récession.
Cette situation nous inquiète. D'une part, les évènements actuels illustrent la modestie de notre pouvoir. Département et Région qui constituent les deux pôles de notre pouvoir politique et administratif ne disposent pas de moyens pour riposter .Nos représentants, malgré les dispositions du droit international, ne participent pas à la prise de décision en matère monétaire et budgétaire .Nous n'avons même pas droit à l'information privilégiée que doit détenir tout responsable. Par ailleurs , le plan qui vient d'être adopté en conseil des ministres dans le cadre du collectif budgétaire 2008 est insuffisant .Il crée certes les conditions pour sauver les banques mais ne prévoit aucune contrepartie notamment en matière d'emploi et d'obligations des banques vis-à-vis de leurs clients .Nous nous méfions toujours des grandes déclarations médiatisées .Ce ne sera pas la première fois que de doctes paroles des décideurs ne vont pas être appliquées par les agents de base avec la connivence de leurs supérieurs hiérarchiques. Enfin et surtout , ce plan ne remet pas en cause la logique libérale qui est responsable en dernier ressort de ce déréglement financier et économique.
Nous proposons une autre politique pour changer profondément et durablement un système inhumain fabricant de pauvreté .Tout d'abord la Guadeloupe a besoin d'un nouveau statut politique pour parler et participer aux prises de décision qui la concernent : une assemblée politique élue qui désigne un gouvernement responsable devant elle expression d'une collectivité publique partenaire de la France qui dispose de moyens juridiques et financiers pour décider. Les Guadeloupéens ont leur mot à dire. Ensuite, le plus vite possible, une réforme du droit du licenciement économique fondée sur une autorisation administrative préalable et une modification en profondeur du droit de la faillite pour que les salariés et les syndicats en soient les acteurs principaux en lieu et place des employeurs, du procureur de la république et des administrateurs et liquidateurs. Une réforme fiscale qui supprime le bouclier fiscal et les niches fiscales dont la défiscalisation outre mer qui permettent que des contribuables riches échappent à l'impôt : sa base doit être un impôt sur le revenu progressif.Enfin, l'engagement de profondes réformes pour faire de notre pays la Guadeloupe, non le berceau du capitalisme , du libéralisme, du colonialisme et de la spéculation , mais un pays solidaire , démocratique, sans corruption car il en a trop chez nous et maîitrisant sa régulation économique et le capital de ses entreprises.
Mes chers compatriotes, les temps qui s'ouvrent seront difficiles malgré les rapides embellies que nous pourrons connaître. Il nous faut cependant profiter de la tempête pour construire un pays nouveau, partenaire de la France et non sous sa tutelle, solidaire et guadeloupéen.