Pour les conservateurs guadeloupéens ( socialistes et libéraux ) et leur mentor français qui en fait tire les ficelles , la départementalisation votée en 1946 par le parlement français est la confirmation d'une demande ancienne des guadeloupéens. Cet argument évoqué en permanence est faux si l'on se réfère à l'histoire. Mars 1946 est une mystification dont les français sont coutumiers. Un bref rappel s'impose avec ORUNO D. LARA repris de son livre GUADELOUPE: FAIRE FACE Á L'HISTOIRE paru aux éditions de l'Harmattan en mai 2011 :
« Au début du 20e siècle le principe de l'assimilation rejeté par les théoriciens coloniaux est considéré comme une erreur à laquelle il convient de renoncer …. dans la colonistique : définition et méthode, l'historien belge Charles Lannoy, analysant les tentatives d'assimilation expérimentées par les européens , estime que le principe n'a jamais été appliqué de façon sincère et qu'il n'a fait que déguiser une politique d'assujettissement ….. des motivations conjoncturelles sont à l'origine du projet d'assimilation en 1945 1946. Les autorités françaises sont informées des menaces que les projets des États unis font peser sur l'avenir de leurs possessions .Dans son discours radio diffusé du 23 février 1942 , le président ROOSVELT estime par exemple que les principes de la charte atlantique du 14 août 1941 ne s'appliquent pas seulement aux riverains de cet océan mais au monde entier .Il estime notamment que si les États unis viennent d'entrer en guerre , ce n'est pas pour conserver aux nations européennes leurs empires coloniaux. Après le conflit, ces territoires dépendants devraient accéder à l'indépendance . RENÉ PLEVEN , séjournant à Washington de juin à octobre 1941 pour y obtenir la reconnaissance de la France libre , a pu noter l'anticolonialisme résolu d'une partie de la classe politique nord américaine . En septembre 1942 , CORDELL HULL , secrétaire d'État lance son programme d'international Trusteeship selon lequel les alliés européens doivent se préparer à donner l'autonomie aux pays coloniaux en vue de les mener à l'indépendance , d'autres devant être provisoirement placés sous tutelle internationale .La déclaration d'indépendance nationale que publie le département d'état le 9 mars 1943 s'articule autour du concept d'indépendance des colonies. L'établissement de la charte des nations unies et ses implications coloniales,discutées à l'occasion des conférences DUBARTON OAKS (d'août à octobre 1944) , de QUEBEC (septembre 1944) , de YALTA (février 1945) et de SAN FRANCISCO (avril juin à 1945) donnent des sueurs froides aux puissances coloniales .GEORGES BIDAULT, à la conférence de SAN FRANCISCO, dénonce une campagne d'ignorance et de calomnie contre l'empire colonial de la France .C'est informé de ces menaces que le comité français de libération nationale prend la décision en juillet 1943 d'organiser la conférence africaine de Brazzaville .RENÉ PLEVEN , ouvrant la conférence , précise que les français n'entendent partager leurs responsabilités coloniales avec aucune institution anonyme et que les populations coloniales ne veulent d'autre indépendance que celle de la France. La France lors de la conférence de Brazzaville procède à une reprise en main de son empire , à la réaffirmation de sa souveraineté. FÉLIX ÉBOUÉ, adversaire de l'assimilation mais minoritaire quitte Brazzaville le 16 février 1944 et meurt au Caire le 17 mars suivant .Mais un autre témoin présent à la conférence , envoyé par ROOSVELT, RALPH J BRANCHE , issu de la communauté noire des États unis souligne que la France se cramponnait obstinément à sa politique traditionnelle d'intégration et d'assimilation des territoires coloniaux et de leur population. JACQUES SOUSTELLE , l'homme des services secrets gaullistes , à la tête de la direction générale des service de sécurité.. ....rédige les propositions de loi tendant au classement comme département français de la Guadeloupe et de la Martinique et de la Réunion ,proposition déposée par LEOPOLD BISSOL de la Martinique , proposition déposée par GASTON MONNERVILEE de la Guyane et proposition déposée par RAYMOND VERGES de la Réunion. AIME CESAIRE est chargé du rapport rédigé au nom de la commission des territoires d'outre mer qu'il dépose le 26 février 1946. MONNERVIELLE justifiera le choix de CÉSAIRE comme rapporteur parce qu'il était le plus jeune …...quant aux vœux populaires en faveur de l'assimilation qui auraient précédé l'engagement des députés , ils se sont réduits en fait à un vote du conseil général de la Martinique en novembre 1945. La Guadeloupe par contre, non consultée , est représentée par EUGÉNIE ÉBOUÉ-TELL et PAUL VALENTINO. Ce dernier déplore le 14 mars 1946, à la veille du vote en faveur de la loi , avoir la conviction intime qu'une assimilation qui remettrait désormais au gouvernement la responsabilité totale du destin des peuples coloniaux finirait par porter atteinte aux liens sentimentaux qui les unissent à la métropole . Il poursuit : « ce qui s'impose c'est un renforcement des pouvoirs des collectivités locales et non point une assimilation qui aurait pour conséquence une réduction de ces pouvoirs ». Une fois changé le label colonie remplacé par celui de département , ne craignant plus, ni les missions de L'ONU , ni les menaces des courants d'émancipation, les autorités françaises reprennent avec les territoires le dialogue caractérisé par le rapport dominant dominé qu'elles ont depuis les origines». Quelques années plus tard, sans donner d'explications , la France n'envoie plus à l'ONU les renseignements demandés pour les territoires dépendants prévus par la charte des Nations unies .La Guadeloupe est la France un point c'est tout. Plus que jamais nous devons donc contraindre la France à respecter le droit international de la décolonisation car notre peuple est en danger.
